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L’heure des décisions à la marque de Trindade pour les leaders de la GGR, en approche de l’anticyclone de Sainte Hélène

Race Village Week Golden Globe Race 2022

Image ci-dessus : L’Olleanna de Jeremy Bagshaw, le plus petit bateau de la flotte, a longtemps tenu tête à des bateaux plus grands et plus rapides. Photo : Nora Havel/GGR2022

  • Des alizés du sud contraires, soutenus et humides pour la flotte, avec une mer confuse
  • Des décisions à prendre, avec un détour de 800 milles vers l’anticyclone de Ste Hélène
  • Groupe serré de quatre à la poursuite de Simon, avec Kirsten proche de la côte
  • Pot au noir moral et passage à vide pour Elliott Smith et ses 3 compas inopérants
  • Vitesse et architecture des bateaux, le Rustler 36 remis à sa place ?

Après des semaines de navigation au près pour quitter l’Europe, et une expérience démoralisante au Pot au Noir, les marins de la GGR avaient hâte de naviguer au travers dans les alizés du Sud vers l’île de Trindade puis vers Cape Town. Depuis l’équateur, ils naviguent finalement au près dans une mer confuse et des températures élevées, pas l’accueil du Sud qu’ils attendaient !

Simon Curwen (UK) conforte son avance sur le reste de la flotte. Il a cependant perdu une drisse de génois qui imposera une halte à Trindade pour réparer, l’état de la mer ne permettant pas de monter au mât. L’homme de la semaine est pourtant  Abhilash Tomy (IND) qui affiche les meilleures performances de la semaine, les meilleures distances sur 24 heures, et le record absolu de la flotte de distance sur 7 jours, reprenant plus de 210 miles sur Simon !

Abhilash Tomy, solide second, a été le plus performant ces sept derniers jours, reprenant plus de 210 miles à Simon Curwen ! Photo : Nora Havel/GGR2022

Les cinq premiers vont converger vers Trindade durant le week-end, mais ne pourront pas tourner immédiatement à gauche, bloqués par des vents soutenus d’Est, qui promettent une lente et pénible traversée de 2600 miles jusqu’au Cap. Sur le papier, la meilleure route vers le Cap est de passer au sud de l’anticyclone de Sainte Hélène dans des vents portants et se faire propulser vers le Cap de Bonne Espérance dans l’océan Indien.

Ça, c’est en théorie…. En pratique, le centre de l’anticyclone se situe aujourd’hui autour de 10°W 40°S, à 1200 milles au Sud de Trindade. Il est poussé vers l’Est en laissant derrière lui une traîne de vents faibles. Une dépression plus au sud se déplacera vers le Nord en milieu de semaine prochaine. Bref, c’est le foutoir, avec des vents instables et des prévisions difficiles pour les navigateurs.

Pour arriver du bon côté et s’assurer de conditions portantes, ils devraient pousser au Sud vers les quarantièmes rugissants, soient 1200 milles marins ou 10 jours supplémentaires. L’information météo va être cruciale. Carte Weatherfax (s’ils en obtiennent une au large des côtes brésiliennes), pression barométrique et direction du vent seront leurs meilleurs alliés pour décider du moment où tourner à gauche. Même dans ce cas, ils n’ont aucune garantie de trouver les conditions qu’ils recherchent.

L’anticyclone de Sainte Hélène bloque la route vers l’est jusqu’au Cap pour le groupe de tête de la GGR et offre autant d’opportunités que de risques pour les concurrents.

Don McIntyre, fondateur et président de la Golden Globe Race:

Ils savent tous que la meilleure solution est de contourner l’anticyclone de Sainte Hélène, c’est ce que nous avons fait dans le BOC Challenge et ce que font les autres courses autour du monde, mais où est-il ? Les conditions sont très instables et l’anticyclone n’est pas bien installé. La vitesse des voiliers GGR ne permet pas de jouer les changements météo rapides, il y aura beaucoup de surprises et d’opportunités entre Trindade et Cape Town.

Les leaders ne seront pas favorisés par ces conditions instables. Cela ouvre une opportunité pour Damien Guillou (FRA), qui se fraye un chemin entre le peloton du milieu de flotte et les cinq premiers. Sa stratégie est d’aller au sud de l’anticyclone et se faire catapulter en direction de l’Afrique du Sud, mais jusqu’à présent, il n’est pas séduit par les conditions de l’hémisphère sud :

Les Alizés du Sud n’ont pas tenu leur promesse : je suis au près dans une mer désagréable et croisée, alors j’essaie de ne pas trop caper pour garder un bateau puissant dans la vague. Je ne peux pas ouvrir les capots à cause des vagues, et la chaleur est insupportable à l’intérieur. J’ai hâte de naviguer au portant, mais je me contenterais d’un bord de travers !

Seule Kirsten Neuschäfer (SA) a suivi une route côtière pour prendre le courant le long des côtes brésiliennes et n’a pas prévu de voir Trindade de près. Elle a passé plus de temps dans l’Atlantique Sud à elle seule sur le Pelagic de Skip Novak que tout le reste de la flotte réuni, ce qui pourrait bien faire la différence sur la route de Cape Town. Elle a encore quelques cartes dans sa manche !

Je suis un peu plus à l’ouest que je ne l’aurais souhaité, mais je suis satisfaite de ma position, même si je suis triste de ne pas voir Trindade. Je n’ai pas reçu d’informations météo depuis les Canaries et ai croisé très peu de bateaux. J’essaierai d’obtenir une carte météo sur le Weatherfax à Rio pour avoir une position de l’anticyclone de l’Atlantique Sud et j’essaierai d’aller le chercher !

Guy Waites (UK) quitte l’hémisphère nord avec des berniques, mais a célébré son passage de l’équateur avec un champagne offert par des amis français, qu’il a remerciés dans un tweet. Il ne reste plus que trois bateaux dans l’hémisphère nord. Ian Herbert-Jones (UK) sur Puffin est de bonne humeur malgré une progression lente et des chariots de lattes de grand-voile défaillants. Il a accepté que son expérience du Pot au Noir soit plus longue et plus ardue que prévue. Arnaud Gaist (FRA) gère parfaitement le pot au noir, mentalement et dans sa navigation, il réduit l’écart avec la flotte et pourrait ne pas être le dernier marin à passer l’équateur. A suivre !

Du milieu de flotte en queue de peloton, l’expérience du pot au noir d’Elliott Smith est à la limite du traumatisme. Photo : Nora Havel/GGR2022

Elliott Smith (USA), quant à lui, a pris un gros coup au classement comme au moral, après une nouvelle semaine de progression apathique à l’Est de la flotte, un gros changement par rapport à l’expérience agréable et éclairée qu’il a vécue entre la France et les Canaries.

Il a partagé sa frustration lors de l’appel satellite hebdomadaire, et son désespoir de constater que ses deux compas de rechange se sont brisés dans leur emballage pendant le transport, tandis que son compas principal ne fonctionne plus correctement. Il doit maintenant compter sur un compas de relèvement durant les sept prochains mois !

https://www.youtube.com/watch?v=jjaNux-7Fh8
GGR2022 Participant Elliott Smith (USA) : Images à bord du LSO à Lanzarote

Heureusement, Elliott est le premier des trois retardataires à bénéficier d’un petit système dépressionnaire traversant leur route d’Est en Ouest avant le week-end, apportant des vents de Sud soutenus, et peut-être leur chance d’enfin passer l’équateur !

Les conditions variables, qu’il s’agissent de vents forts et contraires dans le Golfe de Gascogne, des alizés sur la route des côtes africaines, ou des vents légers et instables du Pot au Noir, ont montré que des voiliers très différents peuvent avoir des performances similaires.

TOP 5 DES DESIGNS DE BATEAUX DE LA GGR. @GGR2022

La première leçon qu’on peut tirer de cette comparaison des voiliers les plus performants est que la longueur à la flottaison dans une flotte qui court en temps réel est importante.

Tous les bateaux de tête sont à 36 pieds de longueur hors tout, mais leur longueur à la flottaison varie. La longueur de flottaison dynamique du Gaia 36 de Tapio Lehtinen avec ses longs élancements, augmente dès qu’il se déplace. Le Minnehaha de Kirsten Neuschäfer a la flottaison la plus longue, et Simon Curwen poste des performances supérieures à celles du bateau (La préparation, les compétences du skipper et les voiles font ici la différence).

Les voiliers plus petits comme les Tradewind 35, Lello 34, Barbican 33 et OE32 n’ont pas pu suivre le rythme des voiliers aux flottaisons dynamiques plus longues, n’affichant jamais une distance sur 24 heures supérieure à 160 mn. Guy Waites a expliqué plus tôt au PC GGR que son Tradewind 35 en mode course, ne pouvait pas suivre le rythme du Rustler 36 d’Ertan Beskardes à ses côtés en mode croisière, et qu’il avait dû se résoudre à prendre une route différente.

Les bateaux les plus rapides de la flotte, affichant le plus grand nombre de records de distance sur 24 heures, sont le Cape George de Kirsten Neuschäfer, le Gaia de Tapio Lehtinen et les Rustler d’Abhilash Tomy/Damien Guillou, tous dépassant les 170 milles par jour et présentant pourtant des caractéristiques différentes. Le Cape George est de loin le voilier le plus lourd et le plus puissant, capable de creuser l’écart dans les mers du Sud ! Le Rustler est plus agile avec un meilleur ratio surface de voile/déplacement, et le Gaia a la plus faible surface vélique mais est plus étroit, avec moins de surface mouillée et un meilleur lest, plus lourd et plus profond.

Il est intéressant de noter que ni le Biscay de Simon Curwen, ni le Saga de Pat Lawless qui ont toujours navigué en tête de flotte, n’ont posté de record sur 24 heures, et n’ont jamais parcouru plus de 165 milles par jour. Ils sont cependant plus faciles à faire marcher vite et ont de meilleures vitesses moyennes, tout en étant performants quand les conditions se dégradent.

En fin de compte, tous ces modèles donnent du fil à retordre aux célèbres Rustler. L’absence de ‘trou’ des Rustler, c’est-à-dire leurs bonnes performances à toutes les allures et dans toutes les conditions de vent en font toujours un bon choix. Cela dit, le vainqueur de la GGR 2018, Jean-Luc Van den Heede, nous a confié avant le départ qu’il choisirait probablement un Gaia 36, s’il devait repartir, qui n’est autre qu’un Swan 36 à quille longue…

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